Associer la description d’un paysage extérieur à un paysage intérieur dans un va-et-vient révélateur d’un état d’âme : voici l’habileté que je recherche dans le plaisir de lire. Le jeu d’équilibre entre forme, couleur, distance et plan me ravit au plus haut point, admiratrice des  mots choisis  avec effort et réflexion pour décrire, organiser les  successions de phrases, de plans, des souvenirs, d’émotions et de sentiments. Hier, j’étais plongée dans un enthousiasme débordant, la semaine dernière un amour me transportait, demain je me laisserai charmer par la douceur des couleurs d’un lever de soleil…. Mon regard, mes impressions auditives, olfactives, tactiles progressent avec les lignes. Je lis comme lorsque mon  regard se déplace  en observant un tableau.

 

Les livres compensent  ma frustration de ne pas savoir ce que ressentent et pensent ceux qui m’entourent ou encore un individu lambda. Satisfaire mon besoin d’exploration de l’intimité de l’âme est vital. En ce sens le roman m’est efficace. Ainsi comme l’indique Proust, lire me permet de me rapprocher d’une âme impénétrable dans ses pensées, sentiments et émotions. La plongée dans le cœur et l’esprit d’un personnage qui se met à nu dans son autobiographie me fascine et me nourrit surtout quand se raconte moins son histoire que celle de sa conscience. Le monologue intérieur traduisant tel quel, le flux de conscience me séduit moins car l’impression d’être témoin de l’élaboration d’une pensée en même temps que le roman s’écrit me met mal l’aise comme s’il s’agissait d’un voyeurisme vulgaire. La description d’une montagne traduisant un élan amoureux me plait davantage que le monologue nombriliste.

Pour terminer l’ incursion dans le privé est pour moi à condamner sauf s’il s’agit d’une incursion opérée par  l’univers d’un roman. Car l’incursion d’un univers mental au travers de la lecture permet de ressentir des émotions voire d’en revivre mais aussi de comprendre l’autre et ses affects qui seraient de l’ordre de l’inconnu pour moi. Et par un incroyable effet miroir, cette connaissance de l’autre me révèlerait à moi-même.

Il est des romans d’action où le suspense prime sur la psychologie comme les romans d’aventures, ou les romans historiques. Il est des romans qui nous font accéder à des mondes inconnus.

 

Tout cela pour dire que lire répond à des attentes et que le lecteur trouve dans le genre multiple des romans une réponse à ses besoins tout en sachant que chacun a sa  propre lecture.

Alors à la question : que cherchons nous en lisant ? Ne pourrions nous pas répondre par l’affirmation de Georges DUHAMEL

« Le but suprême du romancier est de nous rendre sensible l’âme humaine, de nous la faire connaître et aimer dans sa grandeur comme dans sa misère ».

 

elle lit

Une Âme à l’Encre de Chine