Ce mot reporte mon souvenir sur cet homme dont j’ai déjà parlé. Un homme qui, sorti d’une famille de la grande bourgeoisie Nantaise, avait passé le clair de son temps en mer et dont l’éclat de vie n’aura eu de cesse de susciter mon admiration.

Au tout début de cette rencontre, j’étais curieuse de voir ce marin cultivé,  aux grands airs, dont j’avais si souvent entendu parler. Il pouvait avoir à l’époque quarante cinq ans environ. Il était grand sans l’être trop ; il avait un léger  embonpoint, la gorge un peu forte mais fort belle, son visage était charmant, ses traits réguliers et gracieux, ses cheveux étaient cendrés et bouclés comme ceux d’un enfant, son teint était celui d’un homme de la mer, salé et mat.

Il me recevait avec beaucoup de grâces, et me paraissait doté de manières datant d’une courtoisie dépassée.  Je lui trouvai du naturel extraordinaire dans l’esprit et l’âme. Outre que son regard était celui d’un fin séducteur expérimenté, sa prononciation avait quelque chose  d’enfantin qui ne seyait pas à  son âge.

Dessous son appartement, se trouvait une galerie fort peu soignée, dans laquelle étaient placés, sans ordre, des bustes, des vases, des colonnes, des marbres les plus rares et une quantité d’autres objets précieux ; en sorte qu’on aurait pu se croire dans la demeure d’un souverain collectionneur d’art. Cette magnificence, gravée dans ma mémoire, contrastait avec la simplicité qu’il avait adoptée et dans son style vestimentaire et dans sa façon de vivre. L’été comme l’hiver, quelque temps qu’il fît,  il se promenait dehors durant de longues heures, ses séjours en mer avait rendu sa santé robuste.

Il n’avait conservé que très peu de relations hormis la mienne et celle de ses enfants. J’en étais fière. Tout était précieux entre nous deux…..une relation d’une richesse et d’une élégance au-dessus de toute description.

précieux

Une âme à l’Encre de Chine