La vie est prodigue ! Ce matin, la grande bleue m’a offert «  La Victoire »  ce poème d’Apollinaire si adapté à mes fréquents trajets en train que j’ai abandonnés pour m’émerveiller sur le Grand Large :

 

« Nous n’aimons pas assez la joie

De voir les belles choses neuves 

Ô mon amie hâte-toi 

Crains qu’un jour un train ne t’émeuve 

Plus 

(…)

Écoutez la mer  

La mer gémir au loin et crier toute seule 

Ma voix fidèle comme l’ombre 

Veut être enfin l’ombre de la vie 

Veut être ô mer vivante infidèle comme toi 

 

La mer qui a trahi des matelots sans nombre 

Engloutit mes grands cris comme des dieux noyés 

Et la mer au soleil ne supporte que l’ombre 

Que jettent des oiseaux les ailes éployées 

 

La parole est soudaine et c’est un Dieu qui tremble 

Avance et soutiens-moi je regrette les mains 

De ceux qui les tendaient et m’adoraient ensemble 

Quelle oasis de bras m’accueillera demain 

Connais-tu cette joie de voir des choses neuves 

 

Ô voix je parle le langage de la mer 

Et dans le port la nuit des dernières tavernes 

Moi qui suis plus têtu que non l’hydre de Lerne 

 

La rue où nagent mes deux mains 

Aux doigts subtils fouillant la ville 

S’en va mais qui sait si demain 

La rue devenait immobile 

Qui sait où serait mon chemin 

Songe que les chemins de fer 

Seront démodés et abandonnés dans peu de temps 

Regarde 

 

La victoire avant tout sera 

De bien voir au loin 

De tout voir 

De près 

Et que tout ait un nom nouveau »

Guillaume Apollinaire, « La Victoire », in «  la tête étoilée » Calligrammes, Gallimard, «  Pléiades », 1965, p.309.

 

Capture d’écran 2018-03-25 à 21

Une Âme à l’Encre de chine - ELLE INTIMEMENT Dimanche 25 mars 2018